Une semelle de chaussure en caoutchouc qui s'use beaucoup moins vite, un pipeline de pétrole qui résiste mieux à la corrosion sous-marine... Ce sera bientôt possible. A quoi cet élastomère doit-il cette propriété « magique » ? Contrairement aux polymères produits par voie chimique traditionnelle, les matériaux supramoléculaires présentent la particularité de comporter des liaisons intermoléculaires dites « réversibles », donc non permanentes. C'est précisément cette caractéristique de réversibilité qui confère à ce nouvel élastomère sa faculté d'autocicatrisation.
Concrètement, si l'on découpe ce matériau avec une paire de ciseaux, il suffit de mettre en contact les deux parties et d'exercer une simple pression manuelle, sans avoir recours au moindre adhésif. En moins d'une heure, les deux morceaux sont « recollés », sans aucune cicatrice visible à l'oeil nu.
Au bout de vingt-quatre heures, un test d'élongation à la rupture montre que l'objet autoréparé retrouve jusqu'à 100 % de sa solidité et de sa résistance initiales. Sans parler des vertus écologiques de ces nouveaux matériaux supramoléculaires. Ils sont, en effet, composés au moins à 70 % d'oligomères d'acides gras issus d'huiles végétales (pin, colza, maïs, etc.). Cette technologie des élastomères cicatrisants trouve son intérêt dans tous les cas où une pièce en caoutchouc est susceptible de subir des dommages sous forme de microfissurations ou d'empreintes profondes.
Une batterie d'applications est désormais possible; des bandes transporteuses aux joints d'étanchéité, en passant par les protections antichocs, les revêtements anticorrosion des métaux ou les gants professionnels. Pour l'heure, le groupe chimique a signé une cinquantaine d'accords de confidentialité avec des partenaires industriels dans le domaine de la santé, de l'automobile, de l'aéronautique, de l'éolien ou encore du sport.
Sans oublier que lorsqu'un produit dure plus longtemps son impact environnemental baisse très fortement. Un pas de plus vers le recyclage perpétuel.