Toute une série de facteurs est certainement à l'origine des mortalités d'abeilles constatées dans le monde depuis une quinzaine d'années. Les recherches se multiplient, notamment aux États-Unis où une partie des ruches ont été décimées à partir de 2006. Leurs résultats démontrent l'extra­ordinaire complexité des relations que les abeilles entretiennent avec l'environnement. Deux expériences en laboratoire conduites par une équipe de chercheurs de l'Inra (Institut national de recherche agronomique) d'Avignon le confirment sans ambiguïté.

L'une des deux études concerne le pollen et la biodiversité (Biology Letters, en ligne le 20 janvier 2010). Cette question est cruciale, car on sait que l'agriculture intensive a entraîné l'éradication de nombreuses espèces végétales et un extraordinaire appauvrissement des paysages dans les zones de plaines (disparition des haies, des prairies, etc.). Le pollen est la semence mâle des végétaux et il est indispensable au développement des jeunes larves et donc à la bonne santé de la ruche.
Les expériences de Cédric Alaux, l'auteur principal de l'étude, sont très instructives. Elles montrent que des abeilles nourries avec du pollen issu de cinq espèces différentes de plantes ont un système immunitaire beaucoup plus efficace pour lutter contre les pathogènes que celui d'autres congénères nourries avec du pollen d'une seule fleur.
Plus intéressant encore, ce jeune chercheur a constaté que la biodiversité du pollen est plus importante en elle-même que sa teneur en protéines, nécessaires au développement des jeunes larves. À taux de protéines égal, en effet, du pollen issu de cinq espèces différentes nourrit mieux l'abeille que celui d'une seule espèce. «Les résultats sont spectaculaires», assure Cédric Alaux. Les différences ont été testées sur pas moins de quatre marqueurs du système immunitaire.
C'est comme pour nous, le secret d'une bonne santé, c'est avant tout une alimentation variée... et saine !