Dans la petite ville agricole de Kettleman City en Californie, dans la Central Valley -une des zones agricoles les plus productives du monde-, des révélations ont été faites par des habitants sur les graves malformations dont souffraient au moins onze bébés nés récemment : certains étaient atteints de trisomie 21, d’autres présentaient un cerveau incomplet, une lèvre ou le palais fendus, un était mort-né et trois autres étaient morts en bas âge. 

Ce n’est qu’un exemple des conséquences auxquelles la Central Valley se trouve confrontée au fur et à mesure que l’agriculture industrielle absorbe ses ressources et contamine son environnement. On y cultive quelque 250 plantes, dont la quasi-totalité des amandes, des olives, des pistaches et des noix du pays. Mais c’est également le dépotoir de la Californie : la plupart des parcs d’engraissement intensif de bovins, des bassins de décantation du purin et des décharges de déchets dangereux sont concentrés dans cette région.

Cette pollution intense a engendré une pénurie d’eau, une contamination des sols et, dans certains cas, une diminution du rendement des récoltes. De nombreux habitants de la vallée souffrent d’un taux anormalement élevé de cancers, de maladies cardiaques, de diabètes et d’intoxications aux pesticides. La qualité de l’air et de l’eau dans certains secteurs figure parmi les pires de la planète ; plus d’un enfant sur cinq y souffre d’asthme.

L’eau est le problème le plus urgent. Sur les quelque 240 hectares de terres agricoles que compte le district de Westlands Water, 40 ont été laissés en friche en raison de leur contamination par le sel, par le sélénium et par des minéraux contenus dans l’eau d’irrigation. Les récoltes sont aussi victimes de l’épuisement des écosystèmes. L’an dernier, la disparition des abeilles qui assurent la pollinisation des récoltes a réduit de 16 % la production en amandes de la vallée, qui représente d’ordinaire 80 % de l’offre mondiale.