Ils étaient en 1980, 200 millions de chinois à vivre dans les villes ; aujourd'hui, ils sont 690 millions et à ce rythme, ils seront un milliard en 2030.

Cette "boulimie urbaine" est vue par les autorités comme un moteur providentiel pour la croissance. Mais tout cela a un prix : des paysans poussés dans la plus grande précarité ; pour libérer des terres, des villages entiers ont été détruits et leurs habitants relogés dans des barres d'immeuble en pleine campagne.

Dans la pratique, dans le Grand Ouest par exemple, près de la ville de Lanzhou, 700 sommets seront rasés pour bâtir une nouvelle métropole. 100 000 m3 de terre sont déplacés chaque jour et d'énormes quantités d'eau sont prélevées dans le fleuve jaune, dans cette région désertique, pour tasser les zones aplanies.

Bien que le futur développement économique continuera d'exercer une pression importante sur la ressource, les responsables politiques et économiques restent optimistes sur la préservation de la ressource. On voudrait partager leur enthousiasme car selon le doyen du Collège des sciences de l'environnement de l'université de Lanzhou "les travaux peuvent nuire à la végétation, créer des vents de sable, voire des tempêtes noires comme aux Etats-Unis dans les années 1930 et en Union soviétique dans les années 1950, insiste-t-il. Et la biodiversité, l'écosystème, l'érosion des sols et la pression combinée sur les ressources en eau ? Cela demande plus d'études scientifiques ! "

Manifestement pris en étau entre le rêve de voir apparaitre le plus rapidement possible cette classe moyenne citadine, capable de porter durablement la croissance, et le besoin de sortir le Grand Ouest chinois du sous-développement, que pèsent vraiment ces quelques inquiétudes ? Comme quoi, les leçons du passé sont destinées à rester dans le passé...

Comment ne pas imaginer que ce développement à marche forcée n'aura pas à terme, un effet sur les approvisionnements européens en énergie et matière première ?

Le débat sur la transition écologique devrait fortement intégrer cette donnée pour avancer à marche forcée (nous aussi !) vers une société la plus "renouvelable" possible.

Source : Journal Le Monde