« L’autonomie énergétique des fermes est une nécessité écologique, mais aussi une assurance pour leur avenir. C’est produire au moins autant d’énergie sur la ferme que la ferme n’en consomme, besoins humains compris, sans compromettre la production alimentaire.

Pour se lancer dans la transition énergétique, commençons par accepter les points suivants : - Il ne faut pas attendre une nouvelle énergie, pas chère, abondante et non polluante. - Il faut se lancer dans sa transition énergétique sans attendre un signal de départ, même si l’on est seul, même si cela paraît dérisoire. - Il faut raisonner globalement la transition énergétique sur sa ferme en tenant compte de ses atouts, de ses contraintes, et sans compromettre la production alimentaire. - Il faut accepter qu’il s’agit d’un investissement supplémentaire pour du long terme, pour rester un paysan libre, mais pas forcement pour gagner plus.

Pour réaliser cette transition, il faudra compter sur les matières premières de l’agriculture paysanne, que sont la terre, le soleil et la pluie… Avec elles, il faudra continuer à produire autant de nourriture, et en plus la quantité d’énergie nécessaire pour les produire.

Pour commencer : consommer le moins d’énergie possible. Donc, favoriser les cultures pérennes, comme les prairies. Acheter le moins possible d’intrants en utilisant fumiers et lisiers. Limiter les traitements en favorisant les rotations culturales. Isoler les bâtiments. Récupérer la chaleur du lait pour préchauffer l’eau de lavage. Utiliser des chèvres pour entretenir les talus…

Mais faire des économies ne suffit pas. Il faut aussi produire de l’énergie sur sa ferme. On peut le faire avec un chauffe-eau solaire pour le lavage des machines à traire, avoir des panneaux photovoltaïques, utiliser de l’huile de colza pour son tracteur, du bois de chauffage pour chauffer l’eau,…

L’autonomie énergétique ne veut pas dire qu’il faut produire tous les types d’énergies utilisées sur sa ferme. Il ne faut pas confondre autonomie et autarcie. Dans le cas de l’autonomie, on peut aussi avoir recours aux échanges ou à une production collective de l’énergie. C’est même nécessaire si l’on n’est pas en mesure de pouvoir produire un type d’énergie soi-même de façon efficace.

Il y a aussi la consommation indirecte de l’énergie, avec le recours à une entreprise de travaux agricoles pour les gros travaux, ou les matériaux de construction des bâtiments, ou les intrants, ou l’achat d’aliments ou de compléments alimentaires. Cette consommation indirecte, si elle est importante, peut masquer une dépendance forte à l’énergie. Il faut donc la prendre en compte. Soit on apporte la solution de l’économie d’énergie, comme moins de labour, soit on compense cette consommation indirecte par une production énergétique équivalente sur sa ferme.

Dans la logique de l’agriculture paysanne, si la ferme est autonome en énergie, la maison et la famille doivent l’être aussi. Les économies d’énergie, l’isolation de la maison avec des matériaux écologiques (paille, chanvre, ouate de cellulose) sont les préalables. Pour la production d’énergie, il suffit de se greffer sur celle de la ferme avec la même logique d’autonomie et non d’autarcie ».

Source : Philippe Le Bras, Paysan dans le Finistère, www.enviedepaysans.fr